Mineurs et majeurs protégés

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Synthèse civile et fiscale des mesures de protection, à jour des réformes 2022, 2024 et de la jurisprudence de début 2026.

Définition & cadre légal

Mineurs

Le mineur est frappé d’une incapacité de principe (C. civ. art. 388) : il ne peut accomplir seul les actes juridiques de la vie civile, hors actes de la vie courante (art. 389-1). Il agit par son représentant légal.

Autorité parentale et administration légale (C. civ. art. 371-1, 382 s.).

Droit de jouissance légale (C. civ. art. 386-1 à 386-4) : les parents perçoivent les fruits des biens de l’enfant jusqu’à ses 16 ans en contrepartie des charges d’entretien et d’éducation. Indisponible et insaisissable dans la limite des revenus nécessaires. Exclusions : biens acquis par le travail du mineur, dons avec clause d’exclusion, indemnisation de préjudice extrapatrimonial.

Émancipation (C. civ. art. 413-1 s.) : de plein droit par le mariage à 16 ans ; par décision du juge à la demande des parents si le mineur a au moins 16 ans. Le mineur émancipé acquiert la pleine capacité juridique.

Tutelle des mineurs (C. civ. art. 390 s.) : ouverte en cas de décès des deux parents, retrait de l’autorité parentale ou absence de filiation. Organes : conseil de famille, tuteur, juge des tutelles.

Majeurs protégés

Trois principes directeurs (C. civ. art. 415) : nécessité, subsidiarité, proportionnalité. La circulaire du 27 juin 2025 (NOR JUSC2518302C) réaffirme la priorité à la protection par l’entourage familial.

Mesures judiciaires.

Mesure Objet Durée Cadre
Sauvegarde de justice Protection ponctuelle urgente 1 an, renouvelable 1 fois C. civ. art. 433 s.
Curatelle (simple, aménagée, renforcée) Assistance pour actes importants 5 ans, 10 ans si altération irréversible C. civ. art. 440 s.
Tutelle Représentation continue 5 ans, 10 ans si altération irréversible C. civ. art. 440 s.
Mandat de protection future Protection conventionnelle anticipée Prend effet à l’altération C. civ. art. 477 s.
Habilitation familiale Mesure subsidiaire sur saisine familiale 10 ans max (renouvelable) C. civ. art. 494-1 s.

Depuis la réforme du 23 mars 2019, la révision périodique des mesures est obligatoire.

Statistiques (Infostat Justice n° 197, sept. 2024). Fin 2023, plus de 712 000 adultes sont sous sauvegarde, curatelle ou tutelle. L’habilitation familiale est devenue la mesure la plus prononcée : 39 000 ouvertures en 2023 (104 000 personnes concernées).

Nouveautés 2024-2026

Régime fiscal

Impôt sur le revenu

Mineur. Les revenus du mineur sont en principe rattachés au foyer fiscal des parents (CGI art. 6, 3). Dérogation possible : imposition distincte de l’enfant à sa demande pour ses revenus personnels (emploi étudiant, revenus d’un patrimoine propre non soumis à jouissance légale).

Majeur protégé. Il constitue son propre foyer fiscal sauf rattachement particulier (invalidité, enfant à charge du contribuable). La mesure de protection ne modifie pas la règle d’imposition.

IFI

Les biens appartenant aux enfants mineurs sont imposés avec ceux de leurs parents exerçant l’administration légale (CGI art. 965, 1°). En cas d’imposition IFI séparée des parents avec exercice conjoint de l’autorité parentale, les biens du mineur peuvent être répartis par moitié (BOI-PAT-IFI-20-10 n° 150).

Le majeur protégé est imposable en son nom propre, l’acte de déclaration étant accompli par son représentant.

PFU et prélèvements sociaux

PFU 31,4 % depuis le 1er janvier 2026 (LFSS 2026) sur les revenus du capital du mineur ou du majeur protégé. Option barème progressif possible.

Donations au mineur ou au majeur protégé

Obligations déclaratives

Mineurs.

Majeurs protégés.

Registre national 2026. À compter de son entrée en vigueur (au plus tard le 31-12-2026), toute mesure de protection (y compris habilitation familiale) devra être inscrite au registre unique national.

Exemples chiffrés

Exemple 1 - Donation à un mineur et IFI

M. DURAND, 70 ans, donne à son petit-fils Louis (mineur, 12 ans) la nue-propriété d’un studio parisien valant 400 000 €.

Exemple 2 - Tutelle et vente immobilière

M. MOREAU, 78 ans, sous tutelle, possède un appartement qu’il n’habite plus (valeur 250 000 €). Le tuteur souhaite vendre pour financer la maison de retraite.

Procédure :

  1. Demande d’autorisation au juge des tutelles (vente = acte de disposition art. 387-1 C. civ.).
  2. Expertise immobilière souvent requise.
  3. Vente autorisée, emploi du prix sur compte sécurisé au nom du majeur.
  4. Loyers éventuels versés directement sur le compte du majeur (avis Cass. 5-12-2025 n° 25-70.019).

Plus-value sur résidence secondaire : imposée à 19 % + PS 18,6 % en 2026 (total 37,6 % hors surtaxe). Exonération pour durée de détention au-delà de 22 ans (IR) et 30 ans (PS). Si la vente intervient dans un délai inférieur à deux ans suivant l’entrée du vendeur en EHPAD (ou établissement assimilé) et que l’immeuble - ancienne résidence principale du cédant - n’a pas été occupé depuis son départ (hors membre du foyer fiscal ou concubin), exonération possible (CGI art. 150 U, II-1° ter). Conditions de ressources (cessions 2025) : non-assujettissement IFI l’avant-dernière année et RFR ≤ 29 288 € pour la 1re part, majoré de 6 843 € pour la 1re demi-part et 5 387 € par demi-part supplémentaire (seuils 2026 indexés attendus ~+1,8 %).

Exemple 3 - Habilitation familiale

Mme LEROY, 85 ans, présente une altération cognitive irréversible. Sa fille demande une habilitation familiale générale (C. civ. art. 494-1 s.).

Points de vigilance 2026