Fiscalité internationale des successions et donations

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Définition & cadre légal

La fiscalité internationale des DMTG encadre la taxation des transmissions transfrontières : défunt ou donateur résident hors de France, bénéficiaire résident à l’étranger, biens situés dans plusieurs États. Le dispositif combine :

Trois hypothèses de territorialité (CGI art. 750 ter)

Hypothèse Défunt / donateur Bénéficiaire Biens imposés en France
1 (art. 750 ter, 1°) Résident France Indifférent Tous biens (monde entier)
2 (art. 750 ter, 2°) Non-résident Non-résident Biens situés en France
3 (art. 750 ter, 3°) Non-résident Résident France ≥ 6 des 10 dernières années Tous biens (monde entier)

Critères de résidence (art. 4 B CGI)

Sont domiciliés fiscalement en France ceux qui y ont : foyer ; ou séjour principal ; ou activité professionnelle principale ; ou centre des intérêts économiques. Un seul critère suffit. Ces critères s’appliquent aussi au bénéficiaire (héritier/donataire).

Conflits de domicile

À défaut de convention DMTG : chaque État applique son droit interne. Avec convention (modèle OCDE) : hiérarchie successive - foyer d’habitation permanent → centre des intérêts vitaux → séjour habituel → nationalité.

Régime fiscal

Défunt/donateur résident de France

Étendue : imposition mondiale. Les biens étrangers sont imposés à leur valeur vénale (CGI art. 761), déduction des dettes admises sous conditions.

Élimination de la double imposition :

Biens étrangers indisponibles (n° 31516) : en cas de blocage administratif (ex. pays soumis à contrôle des changes), un sursis de paiement peut être demandé.

Défunt/donateur non-résident de France

Étendue (art. 750 ter, 2°) : les biens français sont imposables. Sont considérés comme situés en France (notamment) :

Taux : barème DMTG selon lien de parenté, sans application automatique de l’abattement conjoint/PACS si le droit interne du pays de résidence lui accorde un régime spécifique (à examiner au cas par cas).

Formalités : désignation d’un représentant fiscal en France obligatoire dans certains cas (CGI art. 990 F, pour la taxe 3 %, et en pratique pour la déclaration de succession).

Héritier/donataire résident de France (6/10 ans - art. 750 ter, 3°)

Règle introduite en 1999 : capture les héritiers français d’un défunt résident à l’étranger. Les biens étrangers sont alors imposables en France, crédit d’impôt 784 A applicable.

Sociétés étrangères à prépondérance immobilière française

Les parts de sociétés étrangères sont considérées comme situées en France à hauteur de leur quote-part d’actifs immobiliers français (art. 750 ter, 2° al. 2). Application étendue aux sociétés en chaîne.

Taxe annuelle de 3 % (CGI art. 990 D à 990 G)

Due par les personnes morales (entités, organismes, fiducies) détenant des immeubles en France. Exonération sous conditions (déclaration 2746, information sur les bénéficiaires effectifs).

Conventions fiscales DMTG - panorama

État Succession Donation
Allemagne Oui (2006) Oui
Belgique Oui (1959) Non
Canada Oui (1995, Québec uniquement) Oui
Espagne Oui (1963) Non
États-Unis Oui (1978) Oui
Italie Oui (1990) Oui
Monaco Oui (1950) -
Royaume-Uni Oui (1963) Non
Suisse Oui (1953) ; convention résiliée au 31/12/2014 pour successions - plus en vigueur Non

Liste au 1er janvier 2026 : Allemagne (Conv. 12-10-2006, en vigueur depuis 3-4-2009 - exonération + taux effectif, inclut holdings immobilières et résidence du bénéficiaire) ; Autriche (Conv. 26-3-1993, successions + donations, SPI inclus) ; Belgique (en vigueur, exonération) ; Bulgarie ; Canada/Québec (Conv. 2-5-1975, imputation) ; États-Unis (Conv. 24-11-1978 + avenant 8-12-2004, imputation, droit de suite ex-citoyens) ; Finlande (successions + donations) ; Italie (Conv. 20-12-1990, en vigueur 1-1-1995) ; Liban ; Mayotte ; Monaco (1-4-1950, successions + donations) ; Nouvelle-Calédonie ; Portugal ; Royaume-Uni (Conv. 21-6-1963 + avenant, imputation) ; Sénégal ; Suède (Conv. 8-6-1994, successions + donations, droit de suite 5/7 ans) ; Suisse - convention 31-12-1953 dénoncée le 17-6-2014, effets cessés au 31-12-2014. La France n’entend plus conclure de nouvelles conventions DMTG (Rép. Sabatou AN 7-2-2023 n° 2235 ; Rép. Buisson AN 14-11-2023 n° 7205).

Convention France-Suisse - point 2026

La convention fiscale France-Suisse relative aux successions signée en 1953 a été résiliée au 31/12/2014. Les successions de résidents suisses vers des héritiers français relèvent du droit interne : art. 750 ter, 3° CGI (si héritier résident France ≥ 6/10) - risque de double imposition atténué par le crédit d’impôt 784 A.

Obligations déclaratives

Exemples chiffrés

Exemple 1 - Résident France avec biens à l’étranger

Mme Rousseau, résidente en France, décède en 2026. Patrimoine : 2 M€ en France (immeubles + valeurs mobilières) et 1 M€ en Allemagne (immeuble). Héritier unique : son fils résident France.

Exemple 2 - Héritier français d’un défunt non-résident

M. Petit, résident fiscal français depuis 15 ans, hérite en 2026 de son père résident au Portugal (actif 500 000 € situé au Portugal).

Exemple 3 - Non-résident, bien français

M. Ferrer, résident espagnol, décède en 2026. Actif : appartement à Nice valorisé 800 000 €. Héritier : son fils, résident Espagne.

Points de vigilance 2026

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